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Divergence de vues entre Nicéphore Soglo et Talon, deux modèles socio-politiques

L’ancien chef d’Etat béninois, Nicéphore Soglo, a récemment défrayé la chronique via des attaques répétées contre le président Patrice Talon, faisant sienne la position de l’opposition qui considère que le pays fait face à une dérive autocrate.

Une accusation qui résume la fracture entre les « anciens » et les « modernes » dans l’appréhension de la démocratie béninoise. Les enjeux démocratiques, aujourd’hui, intègrent plusieurs paramètres en raison de nouvelles contraintes socio-politiques.     

Nicéphore Soglo, adossé à sa famille, est une personnalité importante et populaire au Bénin. En tant que premier président du Bénin démocratique au sortir de la dictature, en 1991, sa voix bénéficie d’une aura particulière. 

Il était jusqu’en 2017 l’un des principaux soutiens de Patrice Talon, jusqu’à leur rupture après les poursuites engagées contre son fils Léhady Soglo, alors maire de Cotonou, pour abus de fonction. Ces poursuites aboutirent à sa révocation de la mairie et à des poursuites judiciaires. 

Peu de temps avant, Léhady Soglo avait été évincé de son propre parti, fondé par ses parents, du fait d’une gestion jugée solitaire et peu efficiente. Un double affront que n’a jamais pardonné le clan Soglo à Patrice Talon, jugé être l’architecte de cette disgrâce. 

Inflation des partis politiques

On peut croire Nicéphore Soglo quand il déclare dans la presse ne rien avoir de personnel contre Patrice Talon. Car en réalité, les épisodes d’affrontements passés et actuels sont l’épiphénomène d’une divergence de vues fondamentale, non pas entre deux hommes mais entre deux modèles sociaux-politiques. 

De fait, l’ex-président béninois pourrait être vu comme le parangon (modèle) de la « première République » du Bénin, une démocratie nouvelle fondée sur une inclusivité ethnique et régionale, formellement niée sous le régime précédent. 

Cette volonté d’inclusivité démocratique s’est traduite dans les modes de scrutin et le découpage des circonscriptions électorales; ces dernières favorisant clairement des élections sur une base locale, ethnique puis régionale. 

Dans un pays marqué par un passif ethno-régional fait de rivalités parfois conflictuelles mais aujourd’hui relativement apaisées, la mathématique ethnique électorale ne comportait pas de danger réel en termes de stabilité ; elle permettait au contraire une participation forte à la vie politique béninoise pour l’ensemble des communautés. 

Ce choix primordial d’une construction démocratique sur une base communautaire a fini par montrer ses limites. En effet, l’inflation de partis politiques (près de 200), construits sur des bases ethno-régionales voire hyper-localistes, a fini par brouiller la vie politique. 

Il en résultait une diversité telle à l’Assemblée nationale que les gouvernements étaient issus de grandes coalitions particulièrement fluctuantes… d’où une forte instabilité. 

Nécessaire modernisation

Ce climat peu propice à des politiques de long terme prêtait largement le flanc au clientélisme et à la corruption. De facto dans les années 2000, le Bénin était considéré comme l’un des pays les plus « corrompus » d’Afrique. 

Ceci explique les réformes constitutionnelles, votées en 2019, prévoyant des restrictions (budgétaires et humaines) dans les conditions d’obtention du statut de parti politique et mettant également en place un système de parrainage d’élus.

Le président Patrice Talon s’est clairement employé à professionnaliser la vie politique autour des quelques formations incitées à s’organiser sur une base nationale intercommunautaire et non plus régionale ou inter-communale. 

Cependant, M. Talon ne semble pas nier le fait ethnique et localiste :  les découpages électoraux locaux, notamment communaux, n’ont en effet pas vraiment changé. L’objectif semble donc de concilier identités régionales ancestrales et concept de Nation au sens contemporain.

C’est bien deux visions politiques, voire deux visions du monde, qui s’affrontent, l’une clanique et reposant sur des équilibres communautaires fluctuants ; et l’autre transversale, avec un référentiel national primant sur les identités locales, sans pour autant les nier. 

Le modèle de Patrice Talon sera-t-il plus probant ? S’il est trop tôt pour le dire, il est certain qu’une partie de l’opposition refuse catégoriquement ce constat, quitte à tout mettre en œuvre pour l’en empêcher. 

Comme porter des accusations de dérive autocratique, voire de tentatives criminelles à l’encontre du président en exercice. Ce qui, en contexte électoral, ne peut qu’exacerber les tensions internes du pays. 



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